Comment j’ai trouvé la revue

Nous avons digitalisé la revue Mouvement Géographique publiée entre 1884 et 1922 par l’ Institut national de géographie Bruxelles. Cette série nous donne des informations sur la géographie du monde entier et en particulier sur le Congo.

Il y a 15 ans je reçu d’une amie, à qui je racontais souvent mes années à Matadi, un plan de l’Etat Indépendant du Congo datant de 1898. Ce document appartenait à son grand-oncle Léon Loys. Celui-ci partit en 1907 pour y faire carrière dans la Force Publique. Hélas quelques mois plus tard  il décéda de malaria. En cherchant des détails sur sa vie je trouvais un monument à Gand appelé l’Etoile du Congo dans le parc du Midi. Entre les branches de cet étoile sont gravés les noms de 66 Gantois mort au Congo avant 1908. Curieux comme je suis, je me mis à la recherche de qui se cachait derrière ces noms. Pour 65 noms je trouvais assez vite une solution mais non pour le  66ème. C’est alors qu’un ami archiviste me dit qu’il avait découvert ce nom dans les archives de Bruges. Je découvrais alors tout un dossier sur Edouard de Pelichy fait par un membre de sa famille. Il s’agissait entre autre de 33 lettres qu’Edouard, sous-lieutenant de la Force Publique, en place à Moliro sur le lac Tanganyika, écrivit à sa mère la Baronne de Pelichy. Celle-ci répondit aux lettres à son fils, mais seul 5 lettres nous sont parvenues avec ses affaires après sa mort en 1904. Dans une ces lettres la baronne disait qu’elle s’était abonnée à la revue Mouvement Géographique par curiosité.

Sachant que la bibliothèque de l’Université avait une belle collection de revues anciennes j’ai retrouvé cette revue. J’ai pu consulté cette publication bien reliée mais certaines années manquaient. Les pages commençaient à être abimées, des chercheurs y laissaient des notes au crayon, bref il fallait être très soigneux pour lire ces pages. J’allais régulièrement consulter les revues et d’autre aussi pour informer un ami à Boma qui faisait des reportages dans le Bas-Congo

J’ai donc pris contact avec le directeur de la bibliothèque à qui j’ai proposé de digitaliser les revues. Il était intéressé et nous avons d’abord retrouvé les pages manquantes dans la collection du Pr. Jan Vandersmissen, puis les fonds chez le Pr P De Mayer pour digitaliser.

A partir de maintenant vous pouvez lire la revue en copiant cette adresse

https://lib.ugent.be/catalog/ser01:000276422

 

Note du prof jan Vandersmissen

 

Le Mouvement Géographique : journal populaire des sciences géographiques illustré de cartes, plans et gravures

 

Prof dr Jan Vandersmissen

Universiteit Gent

Vakgroep Geschiedenis

Membre de l'Académie Royale des Sciences d'Outre-mer

 

Tous les volumes de la revue géographique belge Le Mouvement Géographique, publiés entre 1884 et 1922, ont été récemment numérisés par la Bibliothèque de l’Université de Gand. Le projet a été réalisé à l’initiative et avec le soutien de l’Académie royale des Sciences d'Outre-Mer et du Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren. L’ensemble de la collection peut être consulté librement en texte intégral via le catalogue en ligne de la Bibliothèque universitaire de Gand.         (Permalink: https://lib.ugent.be/catalog/ser01:000276422 ).

 

Le périodique, ayant pour intitulé complet Le Mouvement Géographique: journal populaire des sciences géographiques illustré de cartes, plans et gravures, est une source importante pour l’histoire de l’expansionnisme et du colonialisme belges à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Le magazine – conçu comme un journal grand format – illustre la transformation de la géographie en science impériale sur une période de près de quatre décennies. Toutes les régions du monde sont abordées, mais Le Mouvement Géographique s’intéresse surtout aux évolutions politiques, économiques et sociales de l'Afrique centrale.

 

Toutes les phases de l’exploration occidentale, de la conquête et de l’assujettissement du bassin du Congo y sont documentées dans une perspective «occidentale», «léopoldienne» ou «belge»: les opérations léopoldiennes de l’Association internationale du Congo, la création en 1885 de l’État Indépendant du Congo dont Léopold II (1835-1909) devint le souverain, le développement tumultueux d’un appareil d’État, l’attribution de territoires aux sociétés concessionnaires et la création d’une économie prédatrice avec tous ses excès inhumains, et enfin, après la prise de pouvoir par la Belgique en 1908, la poursuite du développement du pays en tant que colonie sous le nom de Congo belge.

 

Le Mouvement Géographique, dont le premier numéro parut le 6 avril 1884, est une publication de l’Institut national de Géographie, fondé à Bruxelles en 1882. Cette société anonyme était dirigée par les éditeurs Henry Merzbach (1837-1903) et Théodore Falk-Fabian (1845-1928), tous deux d’origine polonaise. Les premiers actionnaires provenaient principalement de l’élite financière belge et de l’entourage de Léopold II. L’Institut fut immédiatement impliqué dans la propagande en faveur des projets de Léopold II en Afrique. Il publia des brochures renforçant les revendications des organisations léopoldiennes sur la zone située le long du Congo. Les premières cartes revendiquant réellement le territoire autour des stations que les associés de Léopold II avaient fondées au Congo provenaient des ateliers de l’Institut.

 

En 1884, l’Institut lance Le Mouvement Géographique. L’objectif de ce magazine bimensuel était de vulgariser les connaissances géographiques et d’informer le grand public sur ce qui se passait dans le monde. De brefs articles, interviews et actualités y furent publiés, souvent illustrés de gravures, de cartes, de photos et de statistiques. Parallèlement, Le Mouvement Géographique devint, dès son premier numéro, un véritable porte-parole des organisations œuvrant pour Léopold II en Afrique. Le rédacteur en chef, qui insuffla au périodique son propre caractère, était le géographe et historien de l’art industrieux Alphonse Jules Wauters (1845-1916) qui, en qualité de géographe de salon à Bruxelles, a synthétisé une multitude de données obtenues grâce à un vaste réseau d’informateurs.

 

En 1890 s’ouvre une nouvelle ère pour Le Mouvement Géographique. Le magazine devient la propriété de la Compagnie du Congo pour le Commerce et l’Industrie, société dirigée par Albert Thys (1849-1915). Dès lors, la revue s’intéressera de plus en plus aux projets des entreprises belges au Congo, notamment ceux appartenant au portefeuille du groupe Thys. Les articles sur la réalisation de la ligne ferroviaire entre Matadi et le Stanley Pool en sont un exemple. Dans le même temps, on constate que Le Mouvement Géographique se fait moins «léopoldien» et commence à mettre l’accent sur «les intérêts belges au Congo». Finalement, le périodique se mue en une tribune critique favorable à la prise de contrôle du Congo par la Belgique. Jusqu’à sa mort, Wauters continuera à marquer de son empreinte le contenu du Mouvement Géographique.

 

La lecture du Mouvement Géographique en tant que source historique doit s’accompagner d’une bonne dose de critique historique. Il offre néanmoins un panorama riche et complet de données très diverses sur l’impérialisme occidental dans le monde, et plus particulièrement en Afrique. Les cartes du magazine sont des documents temporels uniques.

 

Littérature

 

BRUGAILLÈRE, Marie-Christine. Un journal au service d’une conquête: Le Mouvement Géographique (1884-1908). Textyles (Revue des Lettres belges de Langue française), n° hors-série, 1(1993): 23-35.

 

DUPONT, Colin. L’Institut national de Géographie: les grandes ambitions d’une éphémère maison d’édition. Belgisch Tijdschrift voor Filologie en Geschiedenis, 99(2021): 899-930.

 

HENRY, Élise. Le Mouvement Géographique, entre géographie et propagande coloniale. Belgeo, 9(1 ‒ 2008): 27-46.

 

NICOLAÏ, Henri. Le Mouvement Géographique, un journal et un géographe au service de la colonisation du Congo. Civilisations, 41(1993): 257-77.

 

VANDERSMISSEN, Jan. Koningen van de wereld. Leopold II en de aardrijkskundige beweging. Leuven-Den Haag, Acco, 2009.